Des médicaments plus sûrs et plus abordables pour tous ? La pharmacogénomique pourrait uniformiser les règles du jeu en matière de médicaments

24/01/2020
La pharmacogénomique – nouveau domaine de recherche scientifique axé sur l'interaction entre le génome humain et la sécurité et l'efficacité des médicaments modernes.
 


D'après l'agence gouvernementale américaine CDC (centres pour le contrôle et la prévention des maladies), plus de 1,3 million d'Américains se retrouvent chaque année à l'hôpital suite à une réaction indésirable due à un médicament. Plus de 100 000 décès par an sont attribuables à des réactions indésirables dues à un médicament, ce qui représente la quatrième cause principale de décès devant les maladies pulmonaires, le diabète, le SIDA, les accidents et les décès liés aux accidents de la route. Il s'agit donc d'un problème critique en matière de sécurité des patients que le CDC, le NIH et les sociétés pharmaceutiques ont commencé à aborder par le biais de la pharmacogénomique – nouveau domaine de la recherche scientifique axé sur l'interaction entre le génome humain et la sécurité et l'efficacité des médicaments modernes.
 
La pharmacogénomique vise à aider les médecins à choisir les médicaments et les dosages qui conviennent le mieux à chaque patient.
 
Bien que la plupart des recherches menées jusqu'à présent se soient concentrées sur la réponse à des médicaments adaptés au traitement de pathologies comme les maladies cardiovasculaires, la maladie d'Alzheimer, le cancer, le VIH/SIDA et l'asthme, il y a peut-être une lumière d'espoir pour les patients souffrant de troubles neuropsychiatriques comme la dépression, la schizophrénie et le trouble bipolaire, où ceux-ci subissent souvent de graves effets secondaires dus à leur traitement, même après l'arrêt de celui-ci.
 
Selon le Dr Mike Tocci, doyen associé du New Jersey Center for Science, Technology & Mathematics à l'Université Kean, « Chaque personne possède un ensemble unique de gènes. Par conséquent, la manière dont la maladie se manifeste chez un individu et la façon dont son corps réagit au traitement par des médicaments spécifiques sont différentes ».
 
L'avenir de la médecine
 
Biologiste moléculaire de formation, immunologiste et ancien responsable des sciences génomiques et biologiques chez Sanofi, Tocci a consacré l'essentiel de sa carrière à la découverte de médicaments et au développement préclinique. Il décrit la pharmacogénomique comme une composante majeure de la « médecine personnalisée ».
 
« Nous étudions la manière dont les médicaments sont métabolisés et s'avèrent efficaces chez les individus, ou sont limités par des réactions indésirables chez certains patients ou des populations de patients par l'intermédiaire de nos gènes. Les médecins et les chercheurs en médicaments découvrent rapidement comment les patients réagissent à certains composés afin de mieux traiter la maladie ».
 
La recherche en pharmacogénomique s'est avérée plus pratique pour certaines maladies que pour d'autres, en fonction de notre capacité à identifier et à surveiller les biomarqueurs. « Nous n'avons pas de biomarqueurs pour tous les types de cellules cancéreuses, ni une bonne appréciation des types de cellules qui répondent aux différents types de médicaments, mais nous en apprenons davantage sur la façon dont les différents types de cellules fonctionnent dans le corps humain. Donc tôt ou tard, nous finirons par mieux comprendre la manière dont nos génomes influencent les actions de médicaments spécifiques », a expliqué le Dr Tocci.
 
L'étendue et les coûts associés à la recherche soulèvent des questions légitimes à propos de qui bénéficiera le plus de cette approche, aussi bien sur le court terme que sur le long terme. Les patients suivant un traitement anticancéreux sont une grande priorité, mais des progrès ont été accomplis pour les personnes souffrant de maladies auto-immunes, notamment le diabète et les maladies cardiovasculaires. Elle sera également très utile aux médecins, puisqu'ils auront une connaissance plus avancée quant à la manière d'améliorer le traitement des patients avec des médicaments plus efficaces et un niveau réduit de risque d'événements indésirables.
 
Bien que les coûts pour les patients puissent être élevés dans un premier temps, les avantages de la pharmacogénomique en matière de soins de santé et de développement de médicaments réduiront les coûts au fil du temps grâce à l'utilisation accrue de biomarqueurs, du profilage d'expression génétique et d'études de modélisation de cellules. Avec le temps, on assistera à une amélioration des médicaments aussi bien sur le plan de l'efficacité que sur le plan de la sécurité. Ils seront donc moins chers pour les patients.
 
Les consommateurs ont déjà bénéficié de la recherche en pharmacogénomique en ce qui concerne la sécurité des médicaments approuvés par la Food and Drug Administration (FDA, « Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux »). Plus de 200 médicaments ont été étiquetés avec de nouvelles informations sur les biomarqueurs génomiques, qui décrivent également l'exposition aux médicaments et la variabilité de la réponse clinique, le risque d'événements indésirables, la posologie spécifique au génotype, les mécanismes d'action des médicaments et les caractéristiques de conception d'essai. Cette nouvelle recherche a été intégrée aux essais cliniques. Elle a des répercussions sur les entreprises participant au développement de composés.
 
La pharmacogénomique dépend fortement de la biologie moléculaire et implique un certain nombre de processus, notamment laPCR, l'identifiication de protéines (Western blot, ELISA), la détermination de l'expression génétique, les techniques de profilage génomique et protéique, les méthodes de triage des cellules, les techniques de séparation des cellules (centrifugations), les méthodes d'imagerie cellulaire et la capacité à analyser et profiler les cellules dans les tissus malades sur des modèles humains et animaux.
 
Obstacles aux progrès
 
Bien que la plupart des informations en matière de pharmacogénomique soient encourageantes, un certain nombre de facteurs entravent encore les progrès dans ce domaine. Les tests réalisés sur des modèles animaux ne permettent pas toujours de prédire la réponse chez les humains. L'accès à un nombre adéquat d'échantillons de patients et des considérations d'ordre social et éthique vis-à-vis de la protection de la vie privée des patients pourraient limiter la participation de certains groupes. Les risques et les coûts associés à la recherche en pharmacogénomique constituent d'importants facteurs, susceptibles de limiter les entités capables de mener la recherche ou de se permettre de mettre en œuvre ce type de traitement.
 
« Les avantages de la pharmacogénomique sur le long terme seront considérables. Les travaux futurs permettront de traiter les patients de manière personnalisée avec des médicaments plus efficaces et plus sûrs qui, espérons-le, prolongeront la vie et/ou amélioreront la qualité de vie en limitant les effets secondaires et les réactions indésirables. La principale préoccupation sera de veiller à faire progresser la science d'un point de vue éthique et de garantir que tout le monde puisse en bénéficier et en avoir les moyens », a fait remarquer le Dr Tocci.
   
En sa qualité de doyen associé de la recherche au New Jersey Center for Science, Technology & Mathematics de l'Université Kean, le Dr Tocci participe à la supervision des programmes de diplôme STEM, où une approche pluridisciplinaire a été adoptée en matière d'enseignement des sciences, intégrant la biologie, la chimie, la physique, les mathématiques et l'informatique dans le cursus. Le programme STEM offre aux étudiants l'occasion d'apprendre à résoudre des problèmes en faisant l'expérience des sciences en laboratoire et pas seulement dans les manuels scolaires. Les étudiants en STEM travaillent aux côtés des enseignants pour faire des recherches sur des questions dont on ne connaît pas la réponse. La recherche en cours englobe des travaux sur la biologie du cancer pour mieux comprendre les biomarqueurs, sur la chimie médicinale pour savoir comment empêcher la métastase des cellules cancéreuses. Elle s'intéresse également à la compréhension de la génomique quant à l'interaction des médicaments avec les produits génétiques.
 
Pour plus d'informations :
https://www.kean.edu/academics/nj-center-science-technology-and-mathematics